Prendre soin de la création au Liban

Un article du blog d’A Rocha Planetwise par Chris Naylor

L’histoire est inscrite dans les paysages de la plaine de la Bekaa au Liban. Baalbek et ses magnifiques ruines romaines attirent les touristes, les collines arrondies appelées tells attirent les archéologues, et les longues rangées de barbelés rouillés et les emplacements de blindés témoignent des lignes de front des guerres contemporaines. Pour le meilleur ou pour le pire, nous laissons notre empreinte dans le sol bien après notre départ. Lors d’un voyage récent dans la Bekaa, j’ai été très surpris de constater l’ampleur du développement des villes de l’ouest de la plaine depuis mon départ voici neuf ans. Née de l’arrivée de dizaines de milliers de réfugiés syriens fuyant la guerre civile à l’est des collines, ajoutée à la croissance de la population locale, l’urbanisation galopante a dévoré les collines et les champs fertiles de la vallée, couvrant pâturages, vergers, jardins et ruisseaux d’un manteau de béton gris.

Classe « nature » financée par A Rocha Liban

Classe « nature » financée par A Rocha Liban

Bien sûr, chacun a besoin d’un toit… mais aussi d’eau potable, de terres pour y cultiver de quoi se nourrir, de verdure et de beauté pour préserver sa santé mentale, d’air pur pour respirer. Et puis, la Bekaa, comme le monde tout entier, appartient à Dieu et Il se préoccupe de savoir ce que nous en faisons et quelles traces nous y laissons. Nous, Chrétiens, croyons que « le Seigneur possède le monde » (Psaume 24 v. 1). Il l’a créé, il le possède et il l’aime. L’Artiste créateur nous a confié le plus beau de ses chefs-d’œuvre afin que nous en prenions soin en son nom. Il a fait de nous des co-créateurs, nous créant à son image afin que nous l’aidions à façonner sa création. En même temps qu’il a écrit la grande histoire de la Création, Dieu a aussi écrit une histoire dans le paysage : dans la Genèse 2 v. 8, il plante un jardin. Et surtout, il confie une tâche à Adam et Eve : celle d’entretenir ce jardin.

Mais alors, on devrait pouvoir lire nos croyances dans ce que nous faisons des paysages. On devrait y lire que Dieu s’intéresse à notre planète, et nous-mêmes à notre prochain. En d’autres termes, écrivons-nous l’Évangile dans le paysage ? C’est à cette interrogation que nous avons été confrontés, ma femme et moi, la première fois que nous sommes venus vivre au Liban avec notre famille, au début des années 1990. Après avoir travaillé dans un collège pour l’Église presbytérienne du Liban et de Syrie, nous nous sommes ensuite joints aux efforts d’A Rocha Liban pour restaurer et protéger les marais d’eau douce les plus remarquables du pays. Après avoir été maltraités et pratiquement asséchés durant des décennies, ils avaient failli disparaître pour de bon pendant la guerre civile, dévastés par les combats féroces entre armées et milices rivales puis par la chasse incontrôlée, le surpâturage, la surexploitation des nappes phréatiques et les incendies.

On se serait cru dans Osée 4 v. 1-3, sur une terre portant les traces des péchés de l’humanité : « C’est pourquoi le pays sera dans le deuil, Tous ceux qui l’habitent seront languissants, Et avec eux les bêtes des champs et les oiseaux du ciel ; Même les poissons de la mer disparaîtront. » Pourtant, il était possible d’écrire une autre histoire, et nous nous sommes mis au travail avec les propriétaires terriens, les fermiers, les bergers bédouins, les instances locales et le gouvernement, les écoles, les universités, la police et l’armée, afin de restaurer les marais. Cela nous a pris dix ans. Il a fallu d’abord réparer les liens entre les gens, mais aussi entre les gens et la terre. Il n’y avait plus entre eux ni amour, ni confiance. Lorsque j’ai visité le marais le mois dernier, j’ai été ravi de constater qu’il était toujours en bon état ; il fait la fierté des communautés locales et abrite d’innombrables oiseaux nicheurs, amphibiens, reptiles, mammifères, poissons, insectes et autres invertébrés, sans parler de la richesse de la flore.

A Rocha Liban continue d’écrire l’Évangile dans le paysage de la plaine de la Bekaa. En partenariat avec les autorités locales de Mekse et de Qab Elias, l’association crée, au cœur des nouveaux quartiers qui continuent à grignoter la colline, des espaces de verdure dont la population et la faune locale ont tant besoin. A Rocha plante différentes variétés d’arbres et d’arbustes fruitiers autochtones, les entoure de quelques chemins, de ruisseaux et de mares et transforme ainsi une décharge sauvage en refuge pour les papillons et les oiseaux, tout en permettant aux élèves de l’école d’à côté de découvrir sur le pas de leur porte la nature locale. À Mekse, la parcelle plantée est plus grande et elle deviendra un jour un jardin public, créé autant pour l’agrément des habitants que pour qu’ils se souviennent de la place qu’ils occupent dans la Création et dans le jardin de Dieu.

Vous trouverez plus d’informations sur la réhabilitation des marais de la Bekaa en lisant le livre de Chris : Postcards from the Middle East, édité par Lion Hudson.

Vous aussi, vous pouvez écrire la parole divine dans le paysage au Liban ! En faisant un don (Gifts With a Difference) à A Rocha, vous pouvez planter un arbre dans un parc naturel (plant a tree in a nature park), permettre à un réfugié syrien de gagner de quoi subsister tout en protégeant la nature (nature-based livelihood for a Syrian refugee) ou aux élèves d’une école de faire une sortie en classe « nature » (hands-on nature lesson). (Les liens sont en anglais.)

Traduction : Suzanne Assénat / Isabelle Soulier

Terre en péril, Terre en partage 10th octobre 2018
Théologie du plastique 9th octobre 2018
Latest news
Un pêcheur et A Rocha 11th septembre 2018
Une vie abondante pour tous, une utopie ? 13th août 2018