Un travail de longue haleine pour la conservation de l’Hermite

Charlotte est responsable du pôle nature au domaine des Courmettes depuis bientôt 3 ans. Elle coordonne le suivi et l’étude pour la conservation de l’Hermite. Ce papillon en danger d’extinction est présent sur le domaine.

De par son déclin ces dernières années, l’Hermite est une espèce cible du Plan National d’Action (PNA) en faveur des papillons de jour. En 2021, une déclinaison régionale de ce plan a été validée en région PACA. Cela a donné naissance à une étude sur l’Hermite aux Courmettes. Cette étude se décline en deux parties : le suivi de la chenille au printemps et celui de l’adulte en été. 

Hermite sur un rocher observée lors du suivi pour la conservation de l'Hermite

Pourrais-tu nous présenter le travail que fait A Rocha France pour le suivi et la conservation de l’Hermite ?

Le suivi de la chenille a lieu entre mai et juin, sur deux sites aux Courmettes. L’objectif est de confirmer la présence de la chenille sur ces sites et d’identifier les plantes hôtes utilisées par l’espèce. En effet, comme pour de nombreux papillons (e.g. la Diane), le déclin de la plante hôte participe au déclin de l’espèce. Les chenilles n’apprécient pas la lumière. Les séances de terrain se déroulent donc généralement entre 23h et 1h du matin. Une fois par semaine, quelques volontaires bravent la nuit pour parcourir accroupis quelques dizaines de mètres à la lampe frontale. Ils inspectent chaque touffe d’herbe en quête des chenilles de couleur brun et gris. Ces séances sur le terrain pour chercher des individus selon un protocole sont appelées des prospections.

Le suivi de l’imago (papillon adulte) se déroule entre juillet et août. Ici, l’objectif principal est de connaître la distribution de la population d’Hermite sur le domaine, d’estimer la taille de cette population et de suivre son évolution dans le temps. Nous cherchons aussi à estimer la capacité de dispersion minimum (i.e. l’aptitude d’un individu à se déplacer dans un paysage) et la durée de vie moyenne des adultes de l’espèce.

Pour cela, nous suivons un protocole de Capture-Marque-Recapture (CMR) pendant 5 semaines à partir de la première observation d’Hermite. A l’aide de filets entomologiques, nous capturons les adultes. Nous les marquons avec un feutre, puis nous les relâchons. Le marquage se fait par points de couleur – rouge pour les unités et bleu pour les dizaines – apposés à différent endroits de l’aile postérieure. Chaque Hermite a ainsi son propre matricule. De cette manière, nous pouvons retracer l’historique de tous les individus qui sont capturés à nouveau. À la fin du protocole, nous pouvons analyser les données collectées et estimer la taille de la population. Enfin, en croisant ces données avec celles des années précédentes, nous pouvons suivre l’évolution de l’espèce aux Courmettes. 

Des prospections non « protocolées »

En parallèle de ce suivi, nous réalisons des prospections dîtes ‘non protocolées’ c’est-à-dire en dehors des sites suivis, sur des zones favorables à l’espèce. Ces observations permettent de trouver d’autres sous-populations d’Hermites sur le domaine et d’estimer les distances parcourues par les individus marqués. De plus, depuis 2023 et grâce au Global Conservation Fund, nous avons démarré une étude génétique de l’espèce.

L’action d’A Rocha France pour la conservation de l’Hermite est donc premièrement scientifique. En effet, nous cherchons à mieux comprendre l’espèce à l’échelle locale – car beaucoup d’études ont été réalisées dans des laboratoires ou dans d’autres pays – pour mieux la protéger et adapter notre gestion du site pour favoriser l’espèce. Les différents suivis nous permettent de gagner en expertise localement car nous sommes les seuls à étudier l’Hermite en région PACA. 

Quel est le lien avec le Global Conservation Fund ?

A Rocha International a créé le Global Conservation Fund (GCF) afin de soutenir financièrement des projets de conservation dans la famille A Rocha. Nous avons donc soumis en 2023 le projet de l’Hermite. En effet, nous voulions développer une étude génétique et nous positionner un peu plus sur l’espèce dans la région. Le GCF a permis de financer la partie terrain de l’étude génétique. Il a pris en charge le temps de travail ainsi que les frais kilométriques nécessaires à la collecte des prélèvements génétiques et aux prospections en dehors des Courmettes. Grâce à cela, nous avons découvert une nouvelle population d’Hermite et collecté, à ce jour, 30 prélèvements génétiques.

Le GCF nous a aussi permis d’acheter de nouveaux filets entomologiques et de couvrir le temps de travail lié aux autres aspects de l’étude (suivi de la chenille, CMR de l’imago, etc.). Nous recherchons aujourd’hui de nouvelles subventions qui nous permettront de pérenniser l’étude en cours et de passer à l’étape suivante : l’analyse des prélèvements génétiques collectés.

Pourquoi as-tu choisi de t’engager dans ce travail de conservation de l'Hermite ?

L’une des missions d’A Rocha est de préserver le vivant. En France, cela se traduit par des études scientifiques, des actions de sensibilisation du public et des mesures de gestion de sites. Je pense d’ailleurs que c’est l’une des forces d’A Rocha France d’avoir une équipe de scientifiques qui dédient leur temps à mettre en œuvre ces actions. Même si l’association n’est pas entièrement vouée à la science, elle peut gagner en reconnaissance scientifique par le fruit de son travail. Ainsi, elle peut se faire une place dans un univers qui n’est souvent pas très ouvert aux chrétiens. Elle peut également s’impliquer dans son territoire et contribuer directement à son développement en interagissant avec le public et les institutions locales, voire nationales.

Cette mission d’A Rocha et son développement en France génèrent des opportunités formidables pour témoigner, s’émerveiller et apprendre. Au travers de mon travail, j’ai  la chance d’allier conviction personnelle et passion, de rencontrer des personnalités de tout horizon et d’agir concrètement pour la nature.

Comment pouvons-nous te soutenir dans ce travail ?

Nos recherches ne sont pas souvent couronnées de succès mais nous persévérons malgré la rareté de ces observations. Si vous ne savez pas quoi faire au printemps prochain, venez nous rejoindre ! Nous avons grandement besoin d’aide et surtout d’yeux supplémentaires. 

Une grosse partie du travail scientifique réalisé par A Rocha France, n’est pas très attractive. Le travail réalisé peut être long et répétitif. C’est un travail rigoureux de collecte de données sur plusieurs années. Ceci, afin de mieux comprendre la biodiversité et contribuer à de larges bases de données nationales. Or, ce travail de veille est nécessaire et utile comme préparation à toute action de conservation. En effet, il est difficile de protéger la nature sans la connaître. Pour vous donner un ordre d’idée, on considère qu’un jeu de données commence à être intéressant à partir de 5 ans d’étude. Ces suivis nécessitent beaucoup de temps et donc un certain budget. 

Si vous souhaitez soutenir nos actions de conservation de l’Hermite, vous pouvez le faire de deux manières : en donnant de votre temps et/ou en nous soutenant financièrement. Les dons peuvent servir à financer le travail de l’équipe salariée scientifique, à pourvoir du matériel technique ou à investir dans des prestations, comme l’analyse génétique. Ces différents projets contribuent à une meilleure connaissance de la nature pour pouvoir mieux la protéger.

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