Comme une graine de moutarde #13: Du pain au levain…

Comme une graine de moutarde #13 : du pain au levain

Dans cet épisode, Yoanna discute avec Nicolas, Ambassadeur A Rocha et boulanger, qui parle des liens entre son travail, sa foi et son engagement écologique… avec son pain au levain !

Avec Comme une graine de moutarde, venez puiser des idées pour passer à l’action afin de préserver le vivant. 

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Du pain au levain : lire la transcription de l'épisode

Yoanna: Il y a une manière de t'investir pour le soin de la création que tu as particulièrement à cœur, c'est en lien avec ton travail de boulanger. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Nicolas : Oui, tout à fait ! Cela fait déjà quatre ans que je fabrique du pain, que je livre et que je vends dans une boulangerie. On est une équipe de trois artisans boulangers. Nous sommes dans un village provençal de 400 habitants. Et chacun de nous trois doit mettre la main à la pâte, oui, mais aussi au volant et dans la caisse à monnaie.
La particularité de mon activité de boulanger, c’est de fabriquer du pain biologique au levain. Alors dit comme ça, ça n’a pas l’air d’être important. C’est pourtant ce pain biologique au levain qui m’a encouragé à suivre ce sentier professionnel avec l’aide de Dieu.
Biologique pour préserver nos sols et nos cultures de céréales locales, au levain pour préserver le goût et la qualité de ce que je produis au bénéfice de mon prochain.

Yoanna : Tu viens d'évoquer ta foi. Justement, quel lien tu fais entre ton métier et ta foi chrétienne ?

Nicolas : La décision déjà de devenir artisan boulanger bio, ça n’a pas été fait par hasard. J’ai suivi les traces de mon père biologique qui était artisan boulanger conventionnel sur le territoire même où je me trouve, dans les Alpes d’Haute-Provence. Mais c’est la parole de Dieu qui m’a conduit à entreprendre ce pas de conversion éthique et professionnelle. À cette époque, je n’imaginais pas que revenir à la source de mon alimentation allait avoir une saine influence sur mon quotidien.
Par exemple, aujourd’hui, quand je me lève à 4h du matin, ce qui n’arrive pas tous les jours, rassure-toi, j’ai conscience que par mon travail, je suis ambassadeur de Jésus-Christ à la boulangerie comme sur le marché. Et l’avantage, c’est que je peux l’être à la fois pour réconcilier l’humain avec son créateur, mais aussi pour réconcilier l’humain avec la création de Dieu.
Et dans mon quotidien, et encore plus en ces temps de fêtes de fin d’année où nos choix de consommation sont importants, l’esprit m’interroge sans cesse sur le goût, sur le local, sur le sein, etc.

Yoanna : Mais du coup, tes clients, ils ont une conscience particulière de la création de ce pain, du soin qui est apporté aux matières premières, au choix du pain au levain, etc.

Nicolas : Oui, tout à fait. On a des clients qui sont quand même bien sensibilisés au bio. C’est une des principales raisons pour lesquelles ils viennent chez nous. Après, les pains et les produits que l’on fait, c’est des pains qui ont de la qualité. Ça vient de matières premières qui sont d’origine locale, de la région de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Et on a plus spécifiquement des clients qui viennent pour chercher des pains assez originaux comme le pain de Petite Épeautre ou encore le Zeck Kornbrot qui est un pain allemand qui est rarement réalisé dans les Alpes d’Haute-Provence et dans la région PACA.
Cela amène notamment des personnes qui sont intéressées par la diversité des produits que l’on propose, mais qui sont sensibilisées aussi à l’écologie et à ce que nous produisons.

Yoanna : Super. Alors, on est sur le podcast comme une graine de moutarde et en général, la moutarde, ça ne laisse pas indifférent. Est-ce qu'il y a des choses dans ton travail qui te font éternuer, qui piquent un peu trop fort ou alors tout simplement qui donnent suffisamment de goût ?

Oui, la première chose que je peux te dire, c’est que mon activité professionnelle apporte suffisamment de goût et de diversité à celles et ceux qui nous commandent justement ces variétés de pains. Et pour ma part, je me sens utile à la fois pour mon prochain, pour la création et pour mon créateur par mon travail.
Même si mon équipe ne s’intéresse pas encore à ce que je vis par ma foi, il n’est pas impossible de parler de ma foi lorsque je vends mon pain sur le marché de Manosque. C’est aussi l’occasion de témoigner en tant que chrétien responsable envers tout ce que Dieu a créé de très bon.
Par contre, il y une limite qui m’interroge sur mon travail de boulanger. C’est la quantité d’énergie électrique ou combustible dont nous avons besoin pour cuire nos pains. C’est vrai, nous travaillons avec un four à sol électrique qui est confortable en termes d’utilisation. Mais en voyant la raréfaction des énergies fossiles et l’augmentation de leurs coûts, je m’interroge beaucoup sur les alternatives de sources d’énergie et leur efficacité aussi.
Le solaire et le bois sont deux de ces possibilités. Mais est-ce qu’on serait prêts à adapter nos modes de vie en conséquence ? Parce que le solaire, il faut cuire le pain pendant la journée et pas forcément la nuit. C’est ce que les bourgeois font assez rarement de nos jours.
Est-ce qu’on pourrait aussi cuire le pain de plusieurs milliards d’hommes et de femmes avec le soleil ?
Est-ce qu’on serait capables de gérer efficacement et harmonieusement les espaces producteurs de biomasse de la planète que Dieu nous a confiée ? Ce sont là des questions qui piquent un peu fort, si ce n’est pas aussi de temps à autre un peu de poussière de farine dans l’air qui me fait éternuer.

Yoanna : D’accord. Oui, effectivement. Alors ça pique en particulier en France où on est des grands amateurs de pain. Donc effectivement, on aurait du mal à s’en passer.

Nicolas : Donc il faut absolument qu’on trouve des solutions.

Yoanna : Merci beaucoup Nicolas pour ton témoignage et à bientôt. Avec plaisir, à bientôt.

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