L’influence du changement climatique sur la migration des oiseaux

La migration des oiseaux est un phénomène naturel récurrent. Chaque année, de nombreuses espèces d’oiseaux entreprennent deux voyages migratoires : au printemps, ils se rendent dans des régions plus septentrionales pour se reproduire, et à l’automne, ils retournent dans leurs quartiers d’hiver plus au sud. Les oiseaux migrent principalement pour trouver de la nourriture et de meilleures conditions de reproduction. En hiver, la nourriture peut se raréfier dans les régions plus froides. Ils se déplacent donc vers des zones plus chaudes. Ce comportement augmente leurs chances de survie et de reproduction.

La migration des oiseaux en évolution

Partout dans le monde, on observe des changements dans les schémas de migration des oiseaux. Ces changements sont souvent liés à divers facteurs environnementaux et biologiques, tels que le changement climatique, les conditions météorologiques et les activités humaines. Pendant la migration, la condition physique des oiseaux est importante pour réussir à parcourir de longues distances. Les oiseaux dépendent de conditions météorologiques favorables, telles que la force du vent, la température et les précipitations, afin de minimiser leur dépense énergétique. En revanche, des conditions météorologiques défavorables peuvent augmenter les coûts énergétiques, entraîner des retards, voire causer la mort. Les conditions météorologiques locales sont particulièrement importantes sur les sites de halte migratoire, où les oiseaux se reposent et reconstituent leurs réserves d’énergie. Le froid, l’humidité ou les tempêtes peuvent réduire la disponibilité de la nourriture et entraver la récupération, compromettant ainsi la poursuite de la migration.

Bien que les tendances mondiales fournissent des informations précieuses, le moment et les schémas migratoires peuvent varier considérablement selon les régions, les populations et les espèces. Les conditions environnementales locales, la disponibilité de la nourriture et les caractéristiques de l’habitat influencent fortement la manière et le moment où les oiseaux migrent. Les changements dans les conditions météorologiques locales, en partie dus au changement climatique, peuvent donc avoir des conséquences directes sur les oiseaux migrateurs. Cela souligne l’importance des études régionales et à long terme pour mieux comprendre les facteurs qui influencent la migration à l’échelle locale. Une telle étude est menée par A Rocha France dans la Vallée des Baux, une zone humide située en Provence dans le département des Bouches-du-Rhône.

Pouillots véloces dans la Vallée des Baux
Pouillots véloces

Mieux comprendre les facteurs influençant la migration à l’échelle locale

Depuis 2006, A Rocha France mène un programme de baguage d’oiseaux dans le marais de l’Ilon. Il s’agit d’une zone humide importante de la Vallée des Baux, qui fait partie du Parc Naturel Régional des Alpilles et dont une partie est classée réserve naturelle. Ce site abrite plus de 200 espèces d’oiseaux et recèle des habitats humides précieux. Grâce à son emplacement en Provence Alpes Côte d’Azur, proche du Rhône et de la Camargue, ce marais offre des sites de repos et d’alimentation aux oiseaux migrateurs, notamment aux hirondelles qui s’y rassemblent en grand nombre pour se ravitailler et passer la nuit pendant leur migration vers le sud.

Les données recueillies dans le cadre du programme de baguage permettent d’étudier les tendances en matière de calendrier de la migration automnale, l’état de santé des oiseaux au moment de leur capture et l’influence potentielle de facteurs environnementaux tels que le changement climatique.

L’objectif de cette étude est d’analyser les changements dans l’état de santé et la phénologie* des oiseaux capturés au cours de leur migration au cours des douze dernières années. Cette étude examine si des changements se produisent dans la phénologie de la  migration des oiseaux et dans leur état de santé, et quels facteurs peuvent jouer un rôle pour expliquer ces changements.

La phénologie est l'étude de l'apparition d'événements périodiques (annuels le plus souvent) dans le monde vivant, déterminée par les variations saisonnières du climat.

La migration, phase critique pour les oiseaux

Les résultats de l’étude montrent une corrélation claire entre les variables météorologiques et la condition physique des hirondelles. Plus précisément, la température et le vent ont eu un effet négatif sur leur condition physique, tandis que la pression atmosphérique a eu un effet positif. Ces résultats sont préoccupants dans le contexte du changement climatique, car la hausse des températures devrait être néfaste à la condition physique des hirondelles migratrices pendant leur voyage. Cette détérioration de leur condition physique pourrait avoir un impact sur leur survie pendant la migration et, par conséquent, sur la conservation des populations à travers l’Europe.

Les analyses ont révélé que les espèces arrivent en moyenne plus tôt et repartent plus tard dans la saison, ce qui suggère un allongement de la durée de la période de migration pour ces espèces. En regardant espèce par espèce, seules deux d’entre elles présentent des changements phénologiques évidents. Le rouge-gorge et le pouillot véloce arrivent ainsi de plus en plus tôt dans la saison. Pour la plupart des autres espèces, aucun changement significatif n’a été constaté en ce qui concerne les dates d’arrivée, de départ ou d’observation du nombre maximal d’individus.

La durée du séjour n’a augmenté de manière significative que pour le gobemouche noir, ce qui suggère un allongement de la période de migration pour cette espèce. Pour toutes les autres espèces, la durée du séjour n’a pas bougé significativement au cours de la période d’étude. 

Une étude à poursuivre et affiner

Des changements dans la stratégie de migration des oiseaux sont déjà en cours et bien documentés à travers le monde. Cependant, peu d’études ont été effectuées à l’échelle locale d’un site de halte migratoire. Le marais de l’Ilon est un site d’importance internationale pour la migration des hirondelles rustiques, mais il accueille aussi de nombreuses autres espèces migratrices. Les changements phénologiques observés et l’influence constatée des facteurs météorologiques sur l’état de santé des hirondelles à l’échelle d’un site sont importants car ils témoignent que les changements climatiques décrits à l’échelle globale peuvent avoir un impact au niveau local sur l’écosystème et plus directement sur les espèces. En particulier, on peut se demander si les sites historiques de halte migratoire comme le marais de l’Ilon auront des conditions environnementales de qualité suffisante pour accueillir les oiseaux migrateurs dans le futur, ou si ceux-ci devront en choisir d’autres, par exemple plus au nord où les températures sont généralement moins élevées en fin d’été.

Les recommandations pour les recherches futures comprennent la réalisation de suivis tout au long de l’année, ce qui permettrait de mieux comprendre quelles espèces sont présentes toute l’année et de déterminer plus précisément quand les espèces arrivent sur le site d’étude. En outre, la poursuite de cette étude sur une plus grande durée  permettrait d’acquérir un jeu de données plus robuste, susceptible de détecter des changements pour d’autres espèces comme pour les hirondelles de rivage (Riparia riparia) et les autres passereaux migrateurs.

 

Article rédigé d’après le rapport de stage de Josina Catsburg.

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